Sur les traces de l’itinéraire d’un grimpeur gâté dans une Impasse Partout et à Khéops

Publié: 07/18/2013 dans Uncategorized

C’est en commençant à écrire ce texte que je me suis rendu compte que les deux dernières voies (et même trois avec Oléos) que je venais de réaliser ont été équipé par Philippe Mussatto. Ce grimpeur talentueux est une référence en termes d’ouverture du bas de haut niveau en calcaire. Son bouquin est devenu une référence pour découvrir les plus belles parois calcaires des Alpes Françaises.

 

Impasse Partout, 330m, 8a

Chartreuse, Grand Manti

Topo ici

J’avais déjà grimpé là-bas il y a quelques années dans Titanic, une sacré voie soutenue et longue. Cette face m’impressionne depuis toujours, raide et dans un rocher douteux. Les itinéraires d’artif ne manquent pas mais du fait de la difficulté et de la qualité du rocher ils ne sont que rarement repris…

 

La face du Grand Manti

La face du Grand Manti

Du coup, la dernière voie de Mussatto (Impasse Partout) fait peur à cause de la réputation du rocher moyen de cette face mais aussi des difficultés aux cotations « Mussatto » (c’est-à-dire bien difficiles et techniques). C’est un peu pour tout çà que j’avais envie de faire cette voie, j’ai attendu pas mal de temps avant d’avoir confiance en mon niveau dans ce genre de grimpe. Avec Thomas on avait prévu de faire une grande voie ce samedi-là, je lui propose Impasse Partout, il me dit « t’es sûr ? Je crois pas avoir le niveau… » Pourtant c’est un très bon grimpeur dans le style mais je réussi à le motiver et il me répond « OK mais je fais que les 5 premières longueurs en tête et tu t’occupes du reste ! ». Je dis « Bingo ! », pas fou le mec, il sait bien qu’après L5 ça se corse méchamment ! Bref, un grand merci à lui, il m’aura servi sur un plateau ces cinq premières longueurs qui ne sont pas vraiment évidentes me permettant ainsi de les flasher sans trop me fatiguer.

L1 : 7a+ avec un pas au bombé, départ bien péteux.

 

L1, 7a+

L1, 7a+

 

L2, 7b+

L2, 7b+

L2 : 7b+, un pas au bombé puis bien rési et technique. Çà réveille !

 

L2, 7b+ avec un final technique

L2, 7b+ avec un final technique

L3 : 6b, RAS

 

L4, 7a+

L4, 7a+

L4 : 7a+ avec deux mouvements au bombé puis final classe

 

L5, 7b+

L5, 7b+

L5 : 7b+, dièdre en rocher moyen puis mur final exigeant avec un pas les pieds à plat.

 

L5, 7b+ au final pas facile!

L5, 7b+ au final pas facile!

Jusque-là tout va pas trop mal, l’escalade n’est pas discount du tout et le rocher moyen ne permet pas une progression rapide. Les longueurs sont quand même pas mal. Il faut savoir mesurer chacun de ses mouvements pour choisir les prises solides tout en arrivant à lire suffisamment bien le rocher pour s’économiser au maximum pour la suite :

 

L6, 8a dalle

L6, 8a dalle

L6 : 8a, dalle grise compacte avec des grands mouvements, très soutenue, très technique ! Une dégaine en place bien utile. Quelques prises légèrement améliorées. Un arrêt à la dégaine en place.

 

L7, 7c+ dévers au début

L7, 7c+ dévers au début

L7 : 7c+, dièdre déversant physique puis traversée technique, une section en dalle sous le relais. Inversé sikatée fragile, un à-vue vraiment limite.

 

L7, 7c+ dalle à la fin

L7, 7c+ dalle à la fin

L8 : 8a(+), pas évident dans un rocher difficile à lire, une traversée très difficile (j’ai pas réussi les mouvements au niveau de la dégaine fixe), puis final physique sur inversées. Un arrêt à la dégaine fixe.

 

L8, 8a(+)

L8, 8a(+)

L9 : 7b+, en légers dévers dans un rocher fracturé, la fatigue commence à se faire sentir, pas facile…

L10 : 7a+, rocher vraiment moyen

Descente en rappel dans la voie

Certains diront de cette voie que le rocher est vraiment pourri mais perso, étant natif du coin je suis habitué à ce genre de rocher et je dirais qu’il est globalement assez bon (renforcé au sika par endroits), rien à voir avec les dernières longueurs d’Oléos pour les connaisseurs (tiens, encore une voie Mussat’ grimpée dernièrement…). De plus, l’ambiance dans cette immense face est exceptionnelle !

Au final, cette voie est vraiment très exigeante techniquement et j’ai trouvé qu’il valait mieux être grand pour ne pas trop galérer dans les sections difficiles. Physiquement il faut aussi tenir la route, nous avons fini avec des crampes de partout, mal aux pieds et plus de mental du tout ! Il est vraiment très dur de grimper dans ce style, notamment à vue. Je suis très content d’y être allé, ça faisait partie de mes projets d’aventure car n’ayant aucunes infos des éventuels répétiteurs ce n’était pas évident que le rocher ne soit pas si mauvais que çà et pas évident que les longueurs ne soit pas aussi grimpable que ça. Merci aux équipeurs déterminés Benoit Peyronnard et Philippe Mussatto.

 

Khéops, 250m, 7c+

Pic de l’Aigle, Cerces

Topo de Mussatto ici

Le pic de l'Aigle

Le pic de l’Aigle

Ça faisait aussi un bout de temps que je voulais aller voir ce rocher, j’avais entendu dire qu’il y est magnifique avec des gouttes d’eau, crépis et sculptures en tout genre. La princesse de feu est la grande classique dans le niveau 6b, Khéops l’est moins car déjà plus difficile (7c+ max). C’est encore une voie estampillé « Mussatto », l’article sur son blog fait rêver « l’escalade est très technique sur petites prises (voire du crépis), au final une très belle voie, très exigeante, à la grande ambiance ». A part ça, pas d’autres infos à glaner sur le net mais la réputation de ce pic majeur et de l’ouvreur ainsi que la perspective des 7c+ en crépis m’ont motivé à y aller user la peau de mes doigts. Pour cette grande voie il me fallait par contre un « Joker », quelqu’un léger capable de voler de prises en prises microscopiques, j’ai nommé Nico Pelorson. Plutôt un habitué des blocs et des voies courtes teigneuses, j’avais quand même confiance en lui dans ce genre de grimpe vu la marge qu’il a dans ce niveau. Mais même si les cotations ne sont pas si difficiles, la grimpe est vraiment exigeante à vue et les cotations pas du tout données. Il voulait faire du « à vue » et bien il sera servi ! Cependant, une zipette dans la première longueur en 7b+, une section bloc dans le 2ème 7c+ et la dernière longueur en 7c auront raison de lui, il faut avoir du volume pour faire des grandes voies !

L’escalade est vraiment technique sur des grand murs en crépis, çà ne déroule pas du tout, on est perdu dans un océan de microprises qui croustillent sous les pieds et qui est très difficile à déchiffrer pour les mains. Les prises en gouttes d’eau, crépis et autres sculptures sont vraiment classes, les mouvements sont majeurs dans les grand murs raides soutenus.

L1 : 7b+ qui surprend, une section vraiment pas évidente à vue (prendre à droite quand la voie se sépare).

L1, 7b+ qui remet les compteur à 0 direct !

L1, 7b+ qui remet les compteur à 0 direct !

L2 : 6c court et joli mur raide sur grosses prises

L3 : 6b. Une grande traversée sur les vires à droite, pas évident sous le relais (ne pas tomber…) Le relais est au-dessus d’une vire vraiment à la base du mur raide.

L4, 7b+(c) dans le mur infini de crépis

L4, 7b+(c) dans le mur infini de crépis

L4 : 7b+(c) Là on rentre dans le vif du sujet, un grand mur de crépis où il faut s’appeler Champollion pour arriver à le déchiffrer sans se mettre taquet. Trois gros combats en pur style « je me frotte de partout sur ce rocher scratch ! » Vraiment pas évident à vue, les pieds dérapent et les mais crispent d’infimes bouts de crépis tenant par miracle, de la grande varappe !

L4, 7b+(c) soutenue jusqu'au relais!

L4, 7b+(c) soutenue jusqu’au relais!

L5 : 7c+ Un départ bien physique en léger dévers puis très soutenu avec un final bien bloc pieds à plat et obligatoire sous le relais (7b+ obl.). Lecture moins difficile dans un rocher plus conventionnel.

L5, 7c+

L5, 7c+

L6, 7c+ avec un départ corsé

L6, 7c+ avec un départ corsé

L6 : 7c+ Un départ en traversé technique sur micro prises imposés suivi d’un mur vertical mythique sur micro gouttes d’eau juste là où il faut. Complètement collector !

L6, 7c+

L6, 7c+

L6, 7c+ (petites prises...)

L6, 7c+ (petites prises…)

L7 : 7b Après une première moitié qui déroule sur du rocher piranha majeur on arrive à une section beaucoup moins prisue jusqu’à un dièdre déversant. Ne pas faire relais sur les deux spits au niveau du becquet, continuer jusqu’au-dessus du dièdre

L7, 7b

L7, 7b

L7, 7b avec un rocher toujours aussi sculpté !

L7, 7b avec un rocher toujours aussi sculpté !

L8 : 7c La longueur qui fait mal, il faut vraiment avoir du volume et de la marge pour arriver à s’en sortir. Une traversé ultra-difficile suivi d’un mur raide bien rési et pas du tout évident !

En bref, c’est la grande voie la plus soutenue que j’ai grimpé, il faut vraiment être au niveau des difficultés, déjà pour passer et ensuite pour se faire plaisir. La grimpe « à vue » y est très exigeante, il vaut mieux avoir l’habitude de ce style de grimpe : technique, très difficile à lire et soutenu dans les longueurs de 40m. Avec un peu plus de passage l’escalade deviendra vraiment tip-top mais là le crépis qui roule sous les pieds et qui craque sous les doigts ne rend pas la grimpe plus facile ! Le coin est super joli et paisible, idéal pour les chaudes journées d’été et l’accès en 15min par le camp des Rochilles ne vous donne plus d’excuses pour ne pas y aller !!

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